Copropriétés non soumises loi Alur : quelles sont les exceptions ?

Femme d'affaires discutant avec un homme dans un appartement parisien

Un immeuble peut parfois défier la norme sans que cela ne saute aux yeux. Certaines copropriétés échappent, en tout ou partie, aux obligations imposées par la loi ALUR. Ce statut particulier concerne principalement des ensembles de petite taille, des divisions spéciales ou d’anciens règlements rarement modifiés. Les règles d’application varient selon la structure et l’ancienneté de l’immeuble.

Des critères précis déterminent l’étendue de ces dérogations, modifiant les obligations des syndics et les droits des copropriétaires. Ces particularités suscitent des interrogations lors des transactions immobilières et dans la gestion quotidienne des biens concernés.

La loi Alur en copropriété : principes et objectifs essentiels

La loi ALUR de 2014 a redéfini en profondeur la gestion des copropriétés. Son ambition ? Apporter plus de clarté et de prévoyance dans la vie collective des immeubles. Elle met en place toute une série de dispositifs pour sécuriser la position des copropriétaires et renforcer l’entretien du bâti.

Le cœur du dispositif repose sur le diagnostic technique global (DTG) : ce bilan, rendu obligatoire pour certains immeubles, permet d’obtenir une photographie précise de l’état général du bâtiment. Progressivement, le plan pluriannuel de travaux s’impose aussi, pour anticiper les dépenses et éviter les décisions forcées quand une urgence surgit. Le fonds de travaux complète la panoplie : il garantit une réserve financière, pour que les travaux ne dépendent plus de levées de fonds improvisées.

La fiche synthétique de copropriété a également fait son apparition. Véritable tableau de bord, elle centralise toutes les informations financières et techniques de l’immeuble. Outil précieux aussi bien pour le syndic que pour les copropriétaires, elle offre une vue d’ensemble sur la santé de la copropriété. L’inscription au registre national des copropriétés va dans le même sens : fiabiliser et rendre accessibles les données pour tous les acteurs concernés.

Transparence sur les honoraires de syndic, obligation de compte bancaire séparé, assurance responsabilité civile pour les syndics… La loi ALUR multiplie les garde-fous. Elle poursuit l’œuvre amorcée par la loi du 10 juillet 1965, tout en intégrant les évolutions récentes portées par la loi ELAN ou la loi Climat et Résilience. Ces textes soulignent la volonté d’adapter la copropriété aux défis de l’époque : meilleure gestion des charges, préservation de l’immeuble, gouvernance plus ouverte.

Quelles obligations pour les syndics et les copropriétaires ?

La désignation d’un syndic reste la clé de voûte du fonctionnement d’une copropriété, que l’on soit dans le cadre de la loi Alur ou non. Qu’il soit professionnel ou bénévole, le syndic doit assurer la gestion courante, rassembler les copropriétaires au moins une fois par an, présenter le budget prévisionnel et rendre compte de sa gestion devant tous. La mise en concurrence du contrat de syndic est généralement requise, sauf si la taille de la copropriété ou le statut du syndic (notamment bénévole) permet d’y déroger.

La fiche synthétique de copropriété s’impose comme un outil central. Elle synthétise les informations majeures relatives à la structure, à la gouvernance et à l’état technique du bâtiment. Même en copropriétés non soumises à la loi Alur, la tenue des archives, la transparence sur les comptes et la bonne application des décisions prises à la majorité restent des règles de base. Le conseil syndical, quand il existe, occupe une position de contrôle et d’animation, s’assurant que le contrat de syndic est bien respecté.

Côté copropriétaires, la participation aux assemblées, le vote sur les choix structurants et la validation des budgets sont incontournables. Ils surveillent l’action du syndic et vérifient la régularité des comptes. Des assemblées régulières et des informations fiables sont la garantie d’une gestion collective orientée vers l’intérêt général. Les particularités de la loi Alur ne dispensent jamais d’appliquer les fondements posés par la loi du 10 juillet 1965.

Petites copropriétés : des règles allégées ou des exceptions à connaître

Dans une copropriété de petite taille, cinq lots ou moins, qu’il s’agisse de logements, de bureaux ou de commerces, les exigences posées par la loi Alur s’adaptent. La volonté est claire : ne pas alourdir la gestion d’ensembles où la proximité prime sur la complexité administrative. Les règles sont simplifiées, mais l’ossature prévue par la loi du 10 juillet 1965 demeure.

Le syndic bénévole s’impose fréquemment comme choix naturel. Ici, l’élection d’un conseil syndical reste optionnelle, et le formalisme des assemblées générales s’assouplit, une simple consultation écrite peut suffire. Cette organisation directe encourage la rapidité de décision et réduit les frais. L’obligation de mise en concurrence du contrat de syndic n’est pas automatique, tout comme la tenue d’une comptabilité ultra-détaillée.

Voici les principaux points qui caractérisent la gestion des petites copropriétés :

  • L’instauration d’un fonds de travaux obligatoire ne concerne pas les copropriétés de moins de dix lots, sauf si l’assemblée en décide autrement.
  • Les bâtiments de moins de dix ans ou ayant bénéficié d’une réhabilitation récente sont dispensés du diagnostic technique global.
  • La fiche synthétique de copropriété doit toujours être présente, mais son contenu s’adapte à la taille et à la réalité du syndicat.

L’ordonnance du 30 octobre 2019 a entériné ces mesures allégées, en phase avec le quotidien des petites copropriétés. Les syndicats peuvent choisir d’aller plus loin, en instaurant des règles plus strictes, sous réserve d’obtenir la majorité lors de l’assemblée.

Jeune couple regardant une affiche devant un bâtiment ancien

Ce que cela change concrètement pour les acheteurs, vendeurs et résidents

Pour ceux qui achètent ou vendent un lot dans une copropriété non soumise à la loi Alur, la démarche se veut plus directe. L’absence de certaines obligations, comme le diagnostic technique global ou le plan pluriannuel de travaux, réduit la quantité de documents à fournir lors de la vente. Cela simplifie la procédure, mais limite aussi la visibilité sur l’état du bâtiment à moyen terme. Les acheteurs ont donc tout intérêt à examiner de près la santé de l’immeuble, à interroger le syndic bénévole ou professionnel sur les charges, les travaux réalisés, les sinistres passés.

Les résidents vivent quant à eux selon un rythme de gestion plus souple. Les assemblées peuvent se tenir sur simple consultation écrite, ce qui accélère les décisions. Mais cette facilité comporte un revers : il suffit qu’une majorité reste passive pour que le pilotage de la copropriété échappe à la vigilance commune. Sans conseil syndical systématique, la dynamique du groupe peut s’en ressentir, pour le meilleur ou pour le pire.

Les enjeux pratiques peuvent se résumer ainsi :

  • Charges de copropriété : un fonctionnement allégé peut ralentir la constitution d’un fonds de travaux, mais il limite les appels de fonds à répétition.
  • Fiche synthétique : elle demeure, même sous une forme simplifiée, le référentiel des informations financières et techniques.
  • État descriptif de division : chaque lot garde un statut juridique précis, ce qui sécurise aussi bien l’acheteur que le vendeur.

Le syndicat de copropriétaires n’est pas condamné à l’immobilisme : il lui est possible d’adopter des pratiques plus exigeantes, d’anticiper les évolutions législatives, de renforcer la transparence ou de préparer l’avenir à la manière des grandes réformes comme la loi Climat et Résilience ou Élan. Les marges de manœuvre existent, à condition de les saisir ensemble. Qui choisira d’aller plus loin demain ?

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