Sortir de la solitude : Amiez peut-il vraiment aider à se faire des amis ?

La proportion de Français déclarant ressentir souvent ou occasionnellement de la solitude a doublé entre 2018 et 2024, passant d’environ un sur sept à près d’un sur trois selon un sondage Ifop. Dans ce contexte, des plateformes de rencontres amicales comme Amiez proposent d’organiser des sorties et activités entre inconnus pour recréer du lien social. La promesse mérite un examen concret : comment fonctionne ce type de service, et à quelles conditions produit-il des amitiés durables ?

Amiez : fonctionnement concret d’une plateforme de sorties amicales

Amiez se distingue des applications de rencontre classiques par son modèle centré sur les activités de groupe en présentiel. Les membres ne cherchent pas un profil compatible sur photo : ils s’inscrivent à une sortie (randonnée, atelier cuisine, visite culturelle, apéro) organisée dans leur département.

Le catalogue d’activités est consultable par zone géographique. On trouve par exemple des propositions dans le Haut-Rhin ou le Gers, ce qui montre un maillage qui dépasse les grandes métropoles. Chaque activité est encadrée par un organisateur bénévole ou un membre actif du réseau.

Cette approche par l’activité partagée repose sur un mécanisme psychologique documenté : la proximité physique répétée et l’engagement dans une tâche commune favorisent la création de liens bien plus que les échanges en ligne. Un chat ou une messagerie ne remplacent pas le fait d’avoir marché trois heures ensemble sous la pluie.

Groupe de jeunes adultes se rencontrant pour la première fois dans un espace de coworking grâce à une application d'amitié

Solitude en France : pourquoi les applications amicales se multiplient

Le recours à des plateformes comme Amiez, Frimake ou d’autres applications de rencontre amicale n’est pas un phénomène de niche. Il répond à une tendance lourde.

L’association SOS Amitié a enregistré 3 700 000 appels en 2024, un record directement lié à la montée du mal-être post-Covid. La Fondation de France indique que 35 % des 25-39 ans déclarent se sentir seuls de manière significative. La solitude ne concerne donc pas uniquement les personnes âgées ou les étudiants isolés.

Plusieurs facteurs alimentent cette dynamique :

  • La mobilité professionnelle et les déménagements fréquents rompent les cercles amicaux construits pendant les études ou dans un quartier.
  • Le télétravail réduit les interactions informelles qui, au bureau, généraient des liens spontanés.
  • Après 30 ans, les occasions naturelles de rencontre (vie étudiante, soirées, colocations) disparaissent progressivement, sans être remplacées par des alternatives structurées.

Face à ce vide, les plateformes de sorties amicales comblent un manque que ni les réseaux sociaux ni les sites de rencontre amoureuse ne traitent. Le marché se structure avec des acteurs variés : Amiez mise sur les activités locales, d’autres comme Frimake ou des alternatives à OnVaSortir proposent des modèles légèrement différents (messagerie, événements thématiques, groupes par affinité).

Limites d’une application pour se faire des amis durablement

S’inscrire sur Amiez ou une plateforme similaire ne garantit pas de sortir de la solitude. L’outil facilite la mise en contact, mais l’amitié exige un investissement personnel que l’application ne peut pas fournir.

Le piège de la consommation de sorties

Le risque principal est de multiplier les activités ponctuelles sans jamais approfondir une relation. Participer à une randonnée différente chaque semaine avec des groupes changeants produit de la sociabilité, pas de l’amitié. La recherche en psychologie sociale montre qu’un lien amical se construit sur la répétition des interactions avec les mêmes personnes, dans des contextes variés.

Pour qu’Amiez fonctionne réellement, il faut revoir les mêmes membres régulièrement, proposer un café après la sortie officielle, échanger un numéro de téléphone. La plateforme crée l’opportunité ; la suite dépend de la démarche individuelle.

Le filtre géographique et démographique

La densité de membres varie fortement selon les départements. Dans une grande ville, le choix d’activités est large et les groupes se renouvellent. Dans une zone rurale, l’offre peut se limiter à quelques sorties par mois, avec un cercle restreint de participants. L’efficacité d’Amiez dépend directement du tissu local de membres actifs.

Homme d'une quarantaine d'années souriant sur un banc de parc après avoir trouvé des amis via une application mobile

Amiez face aux autres solutions pour créer des liens amicaux

Comparer Amiez aux alternatives permet de mieux cerner sa place dans l’écosystème des rencontres amicales en France.

Plateforme Format principal Point fort Limite
Amiez Sorties locales par département Maillage hors grandes villes Densité de membres variable
Frimake Application mobile, matching Interface moderne, ciblage par affinité Centré grandes métropoles
OnVaSortir (et alternatives) Événements collectifs en ligne Communauté établie depuis longtemps Ambiance parfois perçue comme vieillissante
Clubs et associations locales Activités régulières en présentiel Engagement durable, liens profonds Moins accessible pour les timides ou nouveaux arrivants

Les clubs d’amitié locaux, comme ceux signalés dans la presse régionale qui reprennent leurs activités chaque rentrée, offrent une alternative complémentaire. Leur force réside dans la régularité : mêmes membres, même lieu, chaque semaine. Amiez peut servir de porte d’entrée vers ce type de structure, en permettant un premier contact moins engageant qu’une adhésion annuelle à une association.

Ce qui fait la différence pour sortir de la solitude

Le choix de la plateforme compte moins que la régularité de l’engagement. Une personne qui participe à deux sorties Amiez par mois pendant six mois, en revoyant les mêmes visages, a de bonnes chances de nouer des liens amicaux solides. Celle qui teste une activité, puis change d’application, puis abandonne, reproduit en ligne le schéma d’isolement qu’elle vit hors ligne.

Amiez remplit une fonction précise : réduire la barrière d’entrée vers la sociabilité réelle. Pour les personnes qui ont perdu leur réseau après un déménagement, une séparation ou simplement le passage du temps, disposer d’un agenda de sorties accessibles dans son département représente un levier concret. Le reste, la confiance, la vulnérabilité partagée, les conversations qui dépassent la météo, ne se télécharge pas.

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