L’hésitation entre « toutes les deux » et « toute les deux » dans un mail de candidature peut sembler anecdotique. Cette faute d’accord fait pourtant partie des signaux que les recruteurs repèrent en quelques secondes de lecture, au même titre qu’une formule de politesse bancale ou un objet de mail vide. La bonne forme est « toutes les deux » avec un s, car « toute » s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il accompagne.
Comprendre pourquoi cette erreur persiste, et ce qu’elle révèle sur la manière dont les candidatures écrites sont évaluées, permet de mieux calibrer ses mails professionnels.
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Accord de « tout » devant un article : la règle grammaticale qui piège les candidats
Le mot « tout » est l’un des plus polymorphes du français. Il peut être adjectif, pronom, adverbe ou nom, et ses règles d’accord changent selon la fonction. Dans l’expression « toutes les deux », « tout » fonctionne comme un adjectif indéfini qui se rapporte à un ensemble féminin pluriel. Il prend donc la marque du féminin (-e) et du pluriel (-s).
Écrire « toute les deux » revient à accorder au féminin singulier un mot qui renvoie à un pluriel. C’est une faute de nombre, pas de genre. La confusion vient souvent du fait qu’à l’oral, la différence entre « toute » et « toutes » est quasi inaudible. Dans un mail tapé vite, le réflexe phonétique l’emporte sur la règle.
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Pour les formes masculines, le même principe s’applique : « tous les deux » (masculin pluriel) et non « tout les deux ». L’accord se fait toujours avec le nom ou le pronom qui suit.

Mail de candidature et fautes d’orthographe : ce que filtrent réellement les recruteurs
Les contenus disponibles en ligne répètent souvent que « l’orthographe compte », sans détailler le mécanisme de tri. En pratique, un recruteur qui reçoit plusieurs dizaines de candidatures pour un poste ne lit pas chaque mail mot à mot lors du premier passage. Le tri s’opère par signaux rapides : objet du mail, première phrase, mise en page, et erreurs visibles.
Une faute d’accord isolée dans le corps du mail ne disqualifie pas systématiquement une candidature technique. En revanche, dans les métiers de la communication, du droit, de l’administration ou du commerce, une erreur grammaticale récurrente signale un manque de rigueur rédactionnelle. Le problème n’est pas la faute en soi, mais ce qu’elle suggère sur l’attention portée au détail.
Le cas particulier des mails de relance
Les mails de relance après un entretien sont scrutés avec plus d’attention que les candidatures initiales. Le candidat est déjà identifié, le recruteur lit le texte en entier. Une formulation comme « je souhaitais revenir sur les deux missions, toute les deux en lien avec mon parcours » attire l’oeil précisément parce que le reste du mail est soigné. Le contraste rend la faute plus visible.
Selon une enquête Hellowork, 93 % des candidats attendent une réponse même lorsqu’ils ne sont pas retenus. Les échanges écrits entre candidat et recruteur se multiplient donc, et chaque mail devient un échantillon de compétences rédactionnelles.
Transparence salariale et prétentions par mail : un nouveau terrain de fautes
La directive européenne sur la transparence salariale, dont la mise en application complète est prévue au plus tard le 7 juin 2026, modifie les échanges écrits entre candidats et recruteurs. Les entreprises seront tenues d’indiquer des fourchettes de rémunération et de justifier leurs grilles salariales. Les candidats sont de plus en plus incités à aborder leurs prétentions salariales par mail, en amont ou en parallèle de l’entretien.
Ce nouveau type de mail pro introduit un registre mixte : à la fois factuel (chiffres, fourchettes, références marché) et argumentatif. Les erreurs de langue y sont d’autant plus remarquées que le sujet est sensible. Écrire « toute les deux propositions me conviennent » dans un mail de négociation affaiblit la crédibilité du propos, indépendamment de la pertinence de l’argument.
Formuler ses prétentions sans faute ni maladresse
Les recruteurs considèrent désormais que discuter du salaire par écrit fait partie du processus normal. La condition : que la formulation soit argumentée et cohérente avec le niveau de poste et l’expérience. Un mail qui combine une faute d’accord visible et une demande salariale mal calibrée envoie un double signal négatif.
- Relire spécifiquement les accords de « tout », « leur », « même » et « quelque », qui sont les erreurs les plus fréquentes dans les mails de candidature
- Utiliser un correcteur grammatical dédié (et non uniquement le correcteur intégré au client mail, qui laisse souvent passer les fautes d’accord contextuel)
- Faire relire le mail par un tiers si le poste visé implique de la rédaction, du contact client ou de la communication interne

Entretien de préqualification par mail : quand l’écrit remplace le premier appel
Une tendance documentée dans le recrutement récent est le recours croissant aux entretiens de préqualification par écrit. Certains recruteurs envoient un questionnaire court par mail avant tout échange téléphonique, pour évaluer la motivation, la disponibilité et la clarté d’expression du candidat.
Dans ce format, le mail devient littéralement le premier entretien. La qualité rédactionnelle n’est plus un simple bonus : elle constitue le support même de l’évaluation. Les fautes d’accord, les phrases mal construites ou les formulations ambiguës pèsent autant que le contenu des réponses.
Le niveau d’exigence varie selon le poste et le secteur. Pour un emploi dans la logistique ou la production, un mail fonctionnel et lisible suffit. Pour un poste en ressources humaines, en recrutement ou en gestion de projet, la maîtrise de la langue écrite fait partie des compétences évaluées dès le premier échange.
Les formules à vérifier avant d’envoyer
- « Toutes les deux » (féminin pluriel) et « tous les deux » (masculin pluriel) : jamais sans le s final
- « Quelques soient » n’existe pas : la forme correcte est « quelles que soient » (en deux mots, avec accord)
- « En l’attente de votre retour » et non « dans l’attente de votre retours » : le s en trop sur « retour » trahit une relecture absente
- « Je me tiens à votre disposition » et non « je me tient » : erreur de conjugaison fréquente dans les formules de clôture
La frontière entre une candidature retenue et une candidature écartée ne tient pas toujours à l’expérience ou aux compétences techniques. Dans un contexte où les échanges écrits avec les recruteurs se multiplient et se formalisent, chaque accord grammatical correct renforce la cohérence du profil présenté. « Toutes les deux » avec un s, c’est un détail qui ne coûte rien à vérifier, mais dont l’absence peut coûter une opportunité.

